En tant qu’êtres humains, nous sommes « câblés » pour l’interaction sociale. C’est notre nature même, et ce n’est pas tout… la recherche scientifique démontre que nous avons besoin de contact avec autrui pour nous sentir en bonne santé mentale et physique. Pourtant, aujourd’hui, plus de personnes que jamais sont confrontées à des sentiments de solitude et d’abandon, y compris sur le lieu de travail. Comment cela se fait-il et quelles solutions peut-on trouver aux niveaux individuel et sociétal ? Voici de quoi alimenter une réflexion approfondie.
Commençons par dissiper une croyance tenace. Être seul ne signifie pas forcément se sentir seul. Une période de contacts sociaux réduits, un bref retrait de la vie sociale trépidante ou même le choix délibéré de vivre en célibataire ne sont pas des causes de solitude. Au contraire, il peut s’agir de stratégies pour rétablir et approfondir la connexion avec soi-même. C’est à partir de cette connexion profonde avec ses propres valeurs qu’une relation authentique et épanouissante avec les autres devient possible, étouffant ainsi les sentiments de solitude.
La véritable solitude a de multiples visages… sociale, émotionnelle et même existentielle, pour n’en citer que quelques-uns. De plus, la conviction que seules les personnes âgées souffrent de solitude est totalement dépassée. Des chiffres récents montrent que les réseaux sociaux, fréquentés principalement par les jeunes, accentuent paradoxalement la solitude en raison du manque d’interactions humaines physiques. Se sentir seul n’est pas la même chose qu’être seul. Et c’est différent pour chacun. La règle d’or est la suivante : si vous vous sentez seul, c’est que vous l’êtes.
Des causes insidieuses
La solitude n’est pas quelque chose qui vous envahit du jour au lendemain, bien que les traumatismes et les changements de conditions de vie qui en découlent puissent jouer un rôle important. Lorsque les individus se sentent socialement isolés ou ont l’impression de ne pas avoir de relations significatives, un sentiment de malaise commence à les ronger. Leur confiance en soi diminue, ils remettent en question leur personne et leur contribution à la société, et se sentent inférieurs. Si ces sentiments persistent, ils mèneront à long terme à une véritable solitude.
Outre les circonstances personnelles, des tendances objectives de notre société jouent également un rôle dans l’apparition de la solitude.
- Vieillissement de la population
La part des personnes âgées dans notre population continue de croître. Elles vivent souvent seules, ce qui augmente leur risque de solitude. Selon les chiffres de Statbel, environ 1 Belge sur 5 âgé de 65 ans et plus se sent souvent seul, surtout s’il n’a pas d’enfants à proximité ou s’il n’a pas développé un réseau social solide.
- Isolement social des jeunes
Les étudiants et les jeunes qui entrent sur le marché du travail éprouvent souvent un manque de connexion sociale. Ils n’ont pas encore tissé de liens avec leurs collègues et perdent de vue leurs amitiés à cause du rythme effréné de cette phase de leur vie. Malgré leurs connexions en ligne permanentes, de nombreux jeunes souffrent d’un manque d’interactions réelles et personnelles.
- Travail hybride et télétravail
La pandémie de Covid-a radicalement changé notre façon de travailler. Les modèles de travail hybrides présentent de nombreux avantages, tels que la flexibilité et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, mais ils entraînent également une augmentation de la solitude au travail. En Belgique, 30 % des télétravailleurs ont déclaré se sentir isolés en raison de l’absence de contacts informels et de l’interaction limitée avec les collègues. Les organisations qui investissent peu dans les réseaux sociaux ou dans la facilitation des interactions virtuelles avec leurs collaborateurs obtiennent les résultats les plus bas dans ce domaine. - Urbanisme et solitude
Enfin, vivre dans une grande ville mène souvent à un sentiment d’anonymat. Les gens y vivent les uns sur les autres, mais ne parviennent pas, ou difficilement, à établir une véritable connexion avec autrui. Curieusement, la vie dans la masse entraîne une individualisation particulièrement marquée.
Des initiatives pour plus de connexion
La solitude a des conséquences graves sur notre santé physique et mentale. Il est grand temps que nous ne comptions plus exclusivement sur les personnes concernées pour trouver des approches et des solutions, mais que nous assumions également notre responsabilité en tant que société.
La dépression, l’anxiété, le stress, mais aussi l’hypertension artérielle, un système immunitaire affaibli et un risque accru de maladies cardiaques ne sont que quelques-unes des nombreuses conséquences de la solitude. Ne faisons plus l’autruche : la solitude coûte une fortune à la société. Au niveau des organisations, l’absentéisme pour maladie et la baisse de productivité sont en tête de liste des conséquences. Le gouvernement, les entreprises et les communautés locales peuvent chacun contribuer à leur manière à renforcer le lien social, et ce, dès aujourd’hui.
Des quartiers chaleureux, davantage de centres communautaires, des activités sociales axées sur une véritable connexion, une attention portée à la santé mentale au travail, des programmes de santé et des clubs de sport accessibles constituent autant de maillons de la longue chaîne d’initiatives contre la solitude. Mais la priorité absolue reste l’éradication de la honte qui entoure ce phénomène. Parler de ce qui vous préoccupe, des soucis que vous portez, et pouvoir partager cela honnêtement avec quelques personnes aide à ne pas se sentir seul au monde dans la vie.
La cohésion sociale et une vulnérabilité assumée en toute sécurité, tant au niveau individuel que sociétal, contribuent à une société chaleureuse dans laquelle nous pouvons à nouveau instaurer une véritable attention mutuelle.